Ce blog regroupe les créations et découvertes lors des ateliers du centre socioculturel AVARA
Notre troisième atelier lecture a eu lieu mi juin
Comme prévu Hervé et Michel nous ont presque tout appris sur Louise Michel, car Michel nous a promis une surprise entre Louise Michel et Victor Hugo pour le prochain atelier de mi septembre.
Hervé avait beaucoup lu sur Louise Michel et en particulier sa bibliographie écrite par elle-même, Merci à lui.
Michel comme à l'accoutumé nous a illustré ce qu'Hervé avait raconté via des articles de documents et illustrations de revues et journaux d'époque .
La seconde partie a constitué en l'échange de nos lectures, et les commentaires sur les livres partagés: Je commenterai plus en détail dans un prochain article les livres de Laurent Gounelle
Voici le travail d'Hervé
Clémence Louise Demahis Michel dite Louise est née le 28 mai 1830 à Vroncourt la Côte en Lorraine en Haute Marne, dans un château de 4 tours appelé « la Maison Forte ou le Tombeau ». On y entend hurler les loups. Sa mère Marianne est servante, son père est le fils de la maison, croit-elle ? La mère et sa fille restent au château auprès du grand-père Etienne Demahis. Le fils est parti faire sa vie. Louise, dans ses mémoires, indique que la vie est joyeuse, paisible, tendre et heureuse. Louise est vivace, impertinente, affamée de réponses à ses mille questions. Elle entend la langue de Voltaire et découvre Hugo, Lamartine, Corneille, Diderot. Elle apprend Molière par cœur. Elle connaît la botanique et l’histoire naturelle. Elle fredonne des chansons qu’elle a aimées pour elle seule. On la trouve laide, elle s’en moque. En fin de compte, le fils de la maison est son frère car son vrai père est le grand-père Demahis.
Sa révolte est irrémédiable contre l’injustice du sort qui a fait d’elle une bâtarde et des réprouvés ceux qu’ils sont. L’adolescente se soucie de la vie des animaux, les héberge, les chérit, en prend soin. Ne sont-ils pas les oubliés, les perdus de la création ? Elle ne supporte pas le mal que subissent les innocents. Son enfance a ses peines, ses blessures, ses cruautés mais aussi ses jeux, ses tendresses, ses folles joies qu’elle écrit à Hugo. Elle reste une petite fille, même à 40 ans passés.
Elle était soumise à l’autorité maternelle à qui elle épargne l’inquiétude et les angoisses par des innocents subterfuges et des petits mensonges
Louise vers l’âge de 6 ou 7 ans découvre le livre « les paroles d’un croyant » écrit par Hugues Félicité Robert de Lamennais, prêtre républicain qui, par la suite est excommunié pour ce livre. A dater de ce jour, d’étape en étape, les transformations de sa pensée iront jusqu’à l’anarchie. Le vieux Demahis est sollicité pour que Louise, à 12 ans, devienne l’épouse de 2 prétendants qu’elle éconduit en lisant les vers de Molière « l’école des femmes ». De ce jour, plus aucun candidat ne franchira le seuil du château. Elle pense, dans son for intérieur connaître un époux ayant le même idéal, mais viendra-t-il ? Sa tante Victoire lui fait prendre goût de la foi et Louise songe de se faire sœur des misères et d’y consacrer sa vie. Fin 1844, le 30 novembre, à l’âge de 14 ans, celui qu’elle n’a jamais appelé père est mort en républicain, comme on dit en ce temps-là, sans prêtre.
Elle veut être poète, elle en a la capacité. Son frère Laurent décède mais Louise refuse que sa mère ait pu lui mentir. La veuve de Laurent Demahis, son frère, géniteur supposé, exige que Louise soit rayée des registres de la famille. Elle n’a plus le droit de porter le nom de Demahis, dixit la veuve. Elle portera désormais le nom de sa servante mère et s’appellera Louise Michel. Octobre 1850. Madame Demahis, femme très intelligente, d’une grande culture qui a traité Louise comme sa fille décède. Elle lui avait offert pour ses 5 ans un abécédaire illustré, le premier livre de sa vie. Elles s’aimaient d’un amour simple. Le château est mis en vente, Louise va avoir 20 ans.
Le grand Père a doté à sa fille quelques arpents de prairie qui lui permettent de subsister. Louise songe à un métier, elle est sûre des vertus de la république, l’église non, elle qui ne veut voir que des têtes basses. Elle veut être utile et veut libérer le peuple de son fardeau : l’ignorance. Pour ce faire, elle veut être institutrice. Ce n’est pas si simple.
Elle franchit le cap au second concours en 1850 à Chaumont. Elle l’écrit à Hugo, rencontré à Paris, avec sa mère, à l’automne 1851 avec qui elle a entretenu une correspondance de près de 20 années. Ce dernier ne manqua pas de répondre à ses lettres. Toutefois, elle lui écrit : « si je meurs à 20 ans qu’au moins ce monde impitoyable m’ait entendu crier pitié pour ceux qui souffrent et désespèrent ».
En 1852 c’est le second Empire. On raille Napoléon III nommé Badinguet III ou Opportun 1er. On respecte Dieu mais on croit au génie des hommes, aux savoirs. L’église est d’ailleurs du parti des royalistes. En 1853, la voilà institutrice à Audeloncourt, enthousiaste et révoltée. Sa révolte contre les inégalités sociales domine sa douleur et sa vie.
On chantait la Marseillaise, avant l’étude du matin et après l’étude du soir. La strophe des enfants « nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus » était dite à genoux. Elle écrit un feuilleton de mauvais goût après ses cours où elle raconte les bassesses et crimes de Domitien, empereur romain. Elle parle en vérité de Napoléon III et la rumeur enfle jusqu’au chef-lieu. Elle est convoquée par le préfet qui lui indique qu’un tel délit mériterait Cayenne. Elle lui rétorque qu’elle y ouvrirait bien une maison d’enseignement et que le plaisir serait pour elle s’il payait le voyage. On l’accuse d’être une rouge, c’est-à-dire républicaine. L’affaire s’arrêtera là.
Pourtant, se sentant l’esprit à l’étroit, elle se sent des ailes et, avec son amie d’enfance Julie, aussi institutrice, elles songent à Paris et leur exaltant avenir. Paris, ville des poètes, des rêveurs de révolution, des débats républicains où l’on peut combattre l’empire, voilà où en 1856, la fille aux idées rouges arrive dans une institution de jeunes filles, 14 rue du Château d’Eau où Madame Vollier attend la nouvelle institutrice, Melle Louise qui sera rejointe par son amie Julie. Louise découvre alors un Paris en chantier qui sort du Moyen Age inspiré par le Baron Haussmann, voulu par Napoléon III depuis juin 1858. Réflexion d’Haussmann: « il nous faut défendre Paris contre l’invasion malvenue des ouvriers de province ». On détruit, on construit partout des immeubles bourgeois, des avenues. C’est l’aménagement de l’Ile de la Cité, la construction de l’opéra Garnier, du Théâtre du Châtelet, la construction des Halles, la création des Grands Boulevards, des Champs Elysées.
Elle découvre que les ouvriers travaillent 17 heures par jour, les marmots dès l’âge de 6 ans. Un accident arrive, on remplace sans plus de formalités. Au tribunal les arguments du patron sont dignes de foi, c’est la loi qui le dit. L’industrie a besoin de serfs, un maître ne peut mentir, l’espérance de vie est de 15 à 20 ans, inférieure à celle d’un bourgeois banal. On se soucie peu du sort de cette « vile multitude » selon le mot d’Adolphe Thiers. Devant les misères du peuple qu’elle ne peut supporter, elle rêve d’une République sociale et égalitaire.
Elle entre dans la lutte pour que changent les conditions d’existence des hommes, des femmes et des enfants du monde ouvrier, des conditions si misérables, si cruelles qu’elles nous vaudront ce cri du cœur « l’histoire des pauvres n’est pas longue à écrire ; jadis ilotes, hier serfs, aujourd’hui salariés, toujours esclaves ». Un ouvrier gagne à peine le prix de 2 kilos de pain et d’un litre de lait par jour. Un patron gagne 100 fois plus qu’un ouvrier, la bourgeoisie estime cette disparité normale. Constations encore de nos jours, hélas !
Louise Michel relate dans ses mémoires que son existence se compose de deux parties distinctes. La première, toute de songe et d’études, la seconde toute d’évènements et Louise, rêveuse dit ceci : « l’évolution au lent travail est achevée, il faut que la chrysalide crève la vieille peau ; c’est-à-dire la révolution. Il faut que le papillon déploie ses ailes, qu’il sorte saignant de sa prison ou qu’il crève. Chaque goutte de sang des croisements humains bout dans nos veines. C’est dans cette tourmente que viendra le renouveau. Si la révolution qui gronde sous la terre laissait quelque chose du vieux monde, ce serait toujours à recommencer ! Elle s’en ira donc pour toujours la vieille peau de la chrysalide humaine. C’est dans la révolution que nous battrons nos ailes alors, la chrysalide sera transformée. Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine, la femme est toujours, comme le disait Molière, « le potage de l’homme et je ne l’ai jamais voulu ». Si le diable existait, il saurait que si l’homme règne, menant grande tapage, c’est la femme qui gouverne à petit bruit. Ce pouvoir mystérieux, une fois transformé en égalité, les petites vanités et les grandes tromperies disparaîtront alors il n’y aura plus ni la brutalité du maître, ni la perfidie de l’esclave. Rassurez-vous, il y en a encore pour longtemps ! Quel scandale quand il se trouve de mauvaises têtes dans le troupeau ! Où en serait-on si les agneaux ne voulaient plus être égorgés ? Quelque fois, les agneaux se changent en lionnes ! En tigresses, en pieuvres ! C’est bien fait, il ne fallait pas séparer la caste des femmes de l’humanité. Ce que nous voulons ce sont la science et la liberté. Est-ce que vous oserez faire une part pour « les droits des femmes » quand hommes et femmes auront conquis les droits de l’humanité.
Elle revoit au fond de sa pensée de jeunesse les choses qui flottent rouges comme le sang, noires comme la nuit du deuil qui était toujours les bannières des révoltés. Les premiers groupements du droit des femmes se réunissaient souvent à l’école professionnelle de la rue Thévenot. Il y avait mesdames « Jules Simon », « ‘André Léo », « Maria Deraisme ». Louise devient l’amie de Henri de Rochefort, le Marquis Rouge, le rédacteur en chef du « Mot d’ordre et de la Lanterne », amie et collaboratrice de Jules Vallès du « Cri du peuple ».
En 1865, sa nièce a vendu ce qui lui restait de champs pour acheter son externat de Montmartre où elle vit avec Madame Vollier qui décède peu après. Elle raconte en riant qu’elle avait collé une affiche républicaine sur le dos d’un sergent de ville, il lui en restait une, il fallait un dernier mur. Avec Varlin et Nathalie Lemel Louise adhère à l’association Internationale des travailleurs constituée à Londres en 1864 (1ère internationale) et fonde un peu plus tard, avec Maria Deraisme, la Société « du Droit des Femmes ». En 1870 Guillaume 1er, roi de Prusse, cherche à installer les Hohenzollern en Espagne, un allemand au bord du Rhin, un autre sur les Pyrénées, échange de courriers injurieux, dépêche d’Ems humiliante, tronqués par Bismark, Roon et Moltke.
Le 19 juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, c’est la guerre franco-allemande. 300 000 prussiens envahissent la France. Napoléon III doit capituler à Sedan le 2 septembre 1870. Le 4 septembre, la 3eme République est proclamée. Adolphe Thiers en devient le 1er Président. Le futur père la victoire, le médecin Clémenceau devient maire de Montmartre, puis député radical en 1871. Paris humilié par la capitulation n’a pas cédé mais les parisiens, sous alimentés, énervés par le siège ont un espoir de revanche et se soulèvent en voulant s’opposer au retour de l’Empire. Le 26 mars 1871 la Commune est proclamée à l’Hôtel de Ville jusqu’au 28 mai suivant.
Louise participa énergiquement à toutes les barricades défendues quartier par quartier. Elle organisa une cantine pour ses élèves. Une ambulance à Neuilly. Elle devient soldat du 61ème bataillon, tout en prodiguant soins aux blessés et encouragements aux combattants. Elle fonde le Comité de vigilance du 18ème chargé de recevoir et distribuer les secours. Elle réclame des écoles professionnelles, des orphelinats laïcs et des asiles pour les vieillards, des bureaux de placement et d’entraide pour les ouvrières, des clubs féminins. Elle lance l’idée des cours gratuits pour les adultes. L’idée de la grève générale pour faire aboutir les revendications. C’est avec courage et lucidité que des hommes et des femmes visionnaires ont voulu agir pour le progrès de l’humanité. Utopie peut-être, mais durant cette époque terrible les fondements d’une société future étaient nés.
Jules Ferry, de 1879 à 1884 étant ministre de l’Instruction Publique a mis en place ces fondements par les lois qui portent son nom. Louise préside le « Club de la Révolution », participe également aux actions du « « Club de la Patrie » en danger. Thiers écrase dans le sang la Commune de Paris.
Louise Michel est arrêtée le 28 mai 1871. On comptait en juin 1872 : 32 905 décisions rendues par la justice Versaillaise. Il y avait déjà 72 condamnations à mort et cela continuait toujours, sans compter : 33 condamnés à mort par contumace, total 105 condamnés à la peine capitale. Durant cette campagne, Louise n’a eu qu’une éraflure de balle au poignet, le chapeau criblé et une entorse. Elle est emmenée à Satory pour y être jugée. Elle dit aux juges « j’ai tué, que l’on me tue ». Elle est condamnée à la déportation. Hugo lui dédie un poème. Elle est emprisonnée jusqu’au 24 août 1873 pour embarquer ce jour-là sur la goélette « La Virginie ».
C’est sur ce bateau que de révoltée elle se dit anarchiste. Elle arrive à Nouméa le 8 décembre 1873. Les hommes doivent aller à la Presqu’ile Ducos, les femmes sur l’île de Bourail. Révolte de Louise et de Nathalie Lemel, elles exigent de partager la même vie que les hommes. Après conciliabule, tout le monde arrive à Presqu’ile Ducos. Louise fait la connaissance de ces fameux Canaques au camp de Numbo. Elle apprend leur langue grâce à Daoumi Canaque connu au camp et veut les instruire.
On ne lui a pas permis d’ouvrir une école dans une case de tribu. Elle côtoie aussi les Kabyles déportés d’Algérie, suite à leur insurrection de mars à octobre 1871. En 1878 on lui permet d’aller vivre à Nouméa où elle ouvre une école pour les enfants des déportés et les Canaques. Elle a assisté à la révolte des Canaques qui refusaient la fatalité du malheur. Elle couvait depuis longtemps, elle prend leur défense mais, peine perdue, les représailles sont impitoyables, les rebelles par milliers sont massacrés.
En 1880 son amnistie est prononcée, Clémenceau s’est battu pour elle. Sa mère avait eu une première attaque. Elle embarque sur le John-Helder qui partait pour Londres où elle est accueillie par la Marseillaise, puis de là elle part à Dieppe.
Elle écrit à ses amis Rochefort et Pain. Elle apprend ce qui s’est passé le 26 mai 1871 au Père Lachaise ne lisant pas les journaux. Devenue conférencière pendant 25 années, désintéressée et charitable, elle veut que les réceptions rémunérées le soient pour la révolution sociale et les femmes de cette révolution auxquelles tout soit adressé. Elle se confronte à toutes les couches de la société et fait la propagande révolutionnaire en subissant les calomnies et la mauvaise foi des feuilles bourgeoises, le besoin étant avant tout de parler de révolution à ceux qui ne sont pas révolutionnaires mais non aux opposants à l’anarchie.
En 1883 Louise mène une manifestation d’ouvriers qui sont à bout et laisse voler du pain en s’arrêtant devant une boulangerie, un drapeau noir à la main. Elle est condamnée à 6 années de prison, 1 an à St-Lazare, le reste à Clermont. De retour à Paris, elle assiste au décès de sa mère, ayant demandé une dispense qui lui a été accordée. Elle est amnistiée au bout de 3 ans.
En 1889 elle prend part aux émeutes ouvrières lyonnaises, elle est arrêtée à nouveau, après avoir fait une conférence au profit des familles anarchistes. Ensuite, elle s’exile à Londres, suite au déchainement de la presse réactionnaire, les médias de l’époque la critiquent ouvertement.
En 1895, elle revient à Paris et participe à la fondation du journal anarchiste « Le Libertaire » avec Sébastien Faure. Clémenceau publia « J’accuse » de Zola dans le journal l’Aurore en faveur de l’affaire Dreyfus.
Proche des milieux maçonniques elle est initiée le 13 septembre 1904 à la Grande Loge Symbolique Ecossaise « La Philosophie sociale » qui lui ouvre ses portes. En 1924, une Loge du Droit Humain porte son nom.
Le 9 janvier 1905, Louise Michel décède à l’âge de 75 ans, emportée par une pneumonie à l’Hôtel de l’Oasis à Marseille. Son corps est ramené à Paris Gare de Lyon. Un corbillard dit « des pauvres » recouvert d’un drap rouge, bordé de noir, accompagne d’une foule dense et compacte la conduit à sa sépulture à Levallois-Perret après avoir accompli un parcours de 14 km en 4h00. Elle a rejoint Théophile Ferré, son frère de combat, fusillé à Satory en 1871, la sœur de Théophile Marie et sa mère Marianne.
Voici fait par Hervé
Nous avons parlé la dernière fois, dans la Comtesse de Ségur, que son père aurait fait brûler Moscou envahi par Napoléon 1er. Nous sommes en 1812.