Ce blog regroupe les créations et découvertes lors des ateliers du centre socioculturel AVARA
La Maison du roman populaire organisait le samedi 24 novembre 2012 une rencontre avec Gilles Perrault, romancier et journaliste auteur de très nombreux ouvrages dont un des plus connus est « Le pull-over rouge », contre-enquête sur la condamnation et l’exécution de Christian Ranucci qui, accusé du meurtre d’une fillette, fut guillotiné en 1976.
Cette réunion fit salle comble et les participants ont tous beaucoup apprécié ce débat par sa densité et l’humanisme qui ressortait de toutes les interventions de l’auteur.
Michel Besnier, Président de l’Association des amis de la maison du roman populaire, animait cette rencontre. Il présenta tout d’abord l’invité qui fait partie des auteurs qui ont une réelle action sur le public car les thèmes qu’il a abordés sont forts : la peine de mort, la guerre mondiale, la guerre froide, avec un axe très marqué : la lutte contre l’injustice.
Ils évoquèrent ensuite ensemble quelques souvenirs d’ouvrages et d’auteurs qui ont marqué leur enfance : Arnould Galopin (Le Petit chasseur de Panthères, 1928), Jean de la Hire, Paul d’Ivoi (Les 5 sous de Lavarède, 1894).
Michel Besnier aborda ensuite l’œuvre de Gilles Perrault en choisissant quelques livres de Gilles Perrault, ce qui a évité que l’essentiel du débat se concentre sur le seul « Pull-over rouge », livre le plus connu car très chargé d’émotion : par les doutes qu’il avait soulevés, et qui ont alimenté le débat sur l’abolition de la peine de mort en France en 1981.
Dans cette suite d’ouvrages dont certains étaient peu connus et, par des questions très pertinentes, Michel Besnier suscita les réactions de Gilles Perrault, le provoqua même un peu. Celui-ci se prêta complètement à l’exercice avec beaucoup de naturel et de franchise. La complicité entre les deux intervenants amena des moments d’émotion que Gilles Perrault parvint difficilement à surmonter, ce qui donna une résonnance très profonde à cette rencontre.
Furent ainsi abordés successivement :
Les jardins de l’Observatoire, que l’on pourrait sous-titrer « Avoir 12 ans en 1943 ».
C’est l’histoire de Gilles Perrault, petit lycéen pendant la guerre, alors que ses parents sont des résistants très actifs. C’est une minutieuse enquête sur la façon dont les uns et les autres traversèrent la guerre. Gilles Perrault y évoque certains des clandestins hébergés par ses parents, dont un certain Alexandre, coureur automobile et gentleman anglais, saboteur prenant de gros risques et qui finit pendu par la Gestapo.
Les parachutistes, sur la jeunesse, sa vulnérabilité.
Cet ouvrage est tiré de l’expérience de l’auteur durant la guerre d’Algérie, une véritable apologie de la mystique « para ». L’auteur s’en est, depuis, radicalement démarqué et s’en est expliqué lors de la rencontre. En 1997 il écrivait « Je pensais [que cette guerre m'] inscrivait dans la lignée des parachutistes de la France libre. Absurdité confondante, naturellement, sottise absolue ! Les bérets rouges de la France libre libéraient leur pays occupé, tandis que nous, nous allions opprimer un peuple aspirant à l'indépendance ».
Go, où Gilles Perrault évoque
ses vingt ans et la guerre d'Algérie. Parachutiste en 1955, confronté enfin à une guerre alors que sa génération était trop jeune pour la guerre de
1939-1945! C’est sa déclinaison personnelle du livre Les parachutistes.
Dans Check-Point Charlie, point mythique de la guerre froide, au temps du Mur de Berlin, Gilles Perrault parle de 3 affaires d’espionnage où les héros sont victimes d’injustices qu’il va aider à corriger :
· Léopold Trepper, avait dirigé l’Orchestre rouge, le réseau de renseignement anti-nazi le plus efficace de la 2ème guerre mondiale, dont Gilles Perrault raconta l’histoire dans un livre à gros succès. Trepper résidait, après la guerre, à Varsovie où il publiait de la littérature yiddish. Une campagne anti juive se déclencha après la guerre des Six Jours et Trepper fut empêché de quitter Varsovie pour « raison d’état ».
· Hans Völkner, fils de deux membres de l’Orchestre rouge guillotinés par les nazis, est arrêté à Paris en tant qu’agent est-allemand. Gilles Perrault se battit pour que Völkner soit échangé mais y gagna une réputation d’espion soviétique…
· Troisième affaire, celle d’Eugène Rousseau, agent des services secrets français condamné pour trahison et pour lequel se mobilisa Gilles Perrault pour que soit réparée ce qui était une erreur judiciaire.
La longue traque raconte un épisode demeuré obscur de la Résistance, l'histoire de Roland Farjon, résistant, issu d'une puissante famille de Boulogne-sur-Mer, apparenté par sa femme au général de Gaulle et retrouvé mort noyé sans que l’on sache s’il avait été exécuté pour trahison ou s’il s’était suicidé, ni si c’est bien son corps qui avait été enterré. Là aussi, Gilles Perrault permit de montrer que Farjon n’avait pas véritablement trahi et que tout le monde avait été manipulé par les allemands.
La parole fut ensuite passée à l’auditoire encore marqué par l’authenticité et la sincérité de l’invité.
Plusieurs questions furent posées
Et la rencontre se termina par une dernière déclaration de Gilles Perrault qui rappela que toutes ses actions avaient toujours eu comme fondement sa lutte contre toute forme d’injustice et d’emprisonnement abusif.
Ce fut donc une très belle après-midi en compagnie d’un grand honnête homme.